Zigzag le long du fleuve rouge : Du 24 octobre au 4 Novembre (Dali > Yuanyang)

5 novembre 2019 11 Par L'Envol à Vélo

Depuis Dali, nous avons 800 km environ à parcourir pour rallier la frontière vietnamienne. Plusieurs options étaient possibles et nous avons choisi la plus directe, mais pas la plus simple !
En faisant ce choix, nous fermons les portes de potentiels couchsurfing et jours de pauses faciles jusqu’au Vietnam, mais nous quittons les axes principaux pour suivre le fleuve rouge sur la totalité de notre parcours. Ce parcours ne fera pas de cadeaux à nos jambes avec pas mal de dénivelé attendu : au total 8500m de D+ sur 600km jusqu’à Yuanyang où nous avons prévus de nous refaire à neuf avant notre arrivée vietnamienne!
Alors certes, nous ne choisissons pas le plus simple, mais nous serons sûrement plus tranquilles pour planter la tente et nous irons découvrir une chine différente, plus traditionnelle.

Mission bivouac, le retour

Nous commençons par longer le lac de Dali, puis nous passons un premier petit col avant de plonger dans une vallée immense, toujours autant cultivée.

Nous bifurquons vers une vallée parallèle pour essayer de trouver un coin de bivouac tranquille. On repère au loin un coin au milieu des arbres à flan de colline fort prometteur. Il ne restera malheureusement que prometteur car en nous engageant sur le chemin qui nous y mène, des habitants qui jouaient aux cartes à l’abri de l’arbre du carrefour, nous font comprendre qu’on ne peut pas aller par là, protégeant ainsi leurs cultures et leurs terrains, on comprend et on accepte. On leur demande alors s’ils connaissent un bout de terrain où nous pourrions planter la tente, ils nous proposent alors de nous installer là, juste à côté de leur arbre. C’est très gentil, mais le lieu est à 2m de la route, sur un parking, sur du béton.. Bof on repart !

La vallée devient de plus en plus étroite et toujours autant cultivée, aucune autre possibilité ne s’offre à nous… L’heure tourne, nous devons être malins! C’est alors qu’une route repart dans la vallée d’où nous venions, par un col qui semble moins habité. On tente et dans le premier (et seul) lacet, on trouve un coin plat et à l’abri des regards. Vendu !

Seul problème : l’accès y est compliqué. Nous laisserons les vélos dans un coin à l’abri des regards et irons à pied monter la tente, juste avant la tombée de la nuit. Nous aurons ce soir là le plaisir de recevoir la visite de nos premiers moustiques tigres… Ces petites bébêtes ne nous avaient pas manqués !


Au milieu de nulle part en chine (sisi, ça existe !)

En ce deuxième jour de pédalage, les vallées sont de plus en plus étroites et de moins en moins exploitables, ainsi, ce sont les flancs de montagnes qui deviennent les nouveaux terrains de cultures.

Petite vallée que l’on remonte, toujours aussi cultivée


Nous entamons l’ascension de notre premier col de 1000m de dénivelés positifs et trouvons rapidement un coin parfait pour bivouaquer. Cependant nous avions bien entamé nos réserves d’eau en grimpant et sommes un peu juste pour prendre un café le lendemain matin. Heureusement, cette route est quand même fréquentée et nous faisons du « stop eau ». Un camion s’arrête et nous donne 1L d’eau avec le sourire et un pouce en l’air.

Au pied du plus gros col que l’on passera : 1000m de D+
Le bivouac le plus sympa des 10 jours !


Le troisième jour nous avançons notre réveil d’une heure, le faisant coïncider avec le lever du soleil, pour pouvoir partir plus tôt et profiter des premières heures encore fraîches pour pédaler.
Une fois partis, un camion s’arrête sur le bord de la route et nous reconnaissons un chauffeur qui nous avait croisé la veille. Nous avions profité de l’ombre de son camion pour faire une pause pendant qu’il vérifiait l’état de ses freins et avions échangé des sourires. Celui-ci nous tend un sac avec 4 petits bouteilles d’eau et 2 bouteilles de Red Bull en nous faisant comprendre que tout est pour nous ! Ce sac était mystérieusement prêt à ses côtés.. Avait il anticipé ?

Nous grimpons progressivement et nous amusons toujours autant des regards étonnés, surpris, interloqués. Dans un virage, un couple nous interpelle depuis le chemin menant à leur maison et nous sommes invités à boire le thé !
Nous acceptons de bon cœur et découvrons qu’ils nous attendaient ! Ils nous ont croisés plus tôt à bord de leur moto et donc s’étaient préparés à notre venue 😊.
Leurs sourires, leurs regards sont bienveillants et nous font du bien. Nous sommes invités à rester pour la journée mais nous devons avancer, les dénivelés nous attendent et nous ne savons pas à quelle sauce nous serons mangés avec l’état de la route! Nous les quittons alors avec regret, mais ils ont l’air d’avoir compris que nous souhaitions continuer de pédaler avant qu’il ne fasse trop chaud, eux aussi devant connaître la problématique avec le travail dans les champs.

Village en bas à droite passé une heure auparavant
Des zig, des zag…
Route secondaire de la route secondaire… Route tertiaire du coup ?

Au milieu de la seule grande descente de la journée nous devons faire un petit détour vers la seule ville de la journée pour y faire notre ravitaillement des prochains jours (il y a toujours les hameaux le long de la route, mais les épiceries ne sont pas vraiment fournies). La ville nous fait un drôle d’effet, avec beaucoup de boutiques mais peu de monde dans les rues, peu de trafic, où sont passés les gens?
Nous faisons quand même nos courses et nous arrêtons juste avant la sortie de la ville à la pharmacie pour acheter du produit anti-moustique. Ils n’en n’ont pas mais cela ouvre l’échange avec ce couple sympathique. Ils sont curieux de savoir d’où nous venons, et de connaître le parcours que nous suivons. Ils nous proposent de manger chez eux, mais nous venions de nous remplir le ventre et déclinons (zut!). En repartant sur nos vélos, nous les voyons parler à leur fille de 4 ans et nous comprenons qu’ils lui disent « c’est important d’apprendre l’anglais! » car eux même ne le parlent pas et cela a rendu l’échange plus difficile.

Nous repartons un peu frustrés de ces deux rencontres du jour. Nous savons que les prochains jours seront difficiles et nous ne voulons pas prendre le risque de ne plus avoir de marge pour rejoindre la frontière vietnamienne mais cela nous ferme la porte de certaines rencontres.

Le soir nous trouvons un petit coin de bivouac, un peu à l’écart de la route au fond d’un vallon. Nous avons ainsi un accès à un petit coin d’eau pour la vaisselle et notre plein. La lourdeur du jour se conclue avec de grosses averses toute la nuit. La pluie passe par front réguliers jusqu’à 4h du matin.

Quatrième jour
La pluie de la nuit a laissé place à un ciel dégagé le matin à notre plus grand bonheur! Notre route qui longe le flanc des montagnes nous offrent de super points de vues sur les vallées.

Ce matin là particulièrement avec les nuages d’humidités qui dansent dans le ciel entre brises et vent météo. Une belle occasion d’observation des phénomènes aériens dans une vallée!

Mer du nuage au réveil
C’est toujours pas très plat…
Route vers un nouveau col sur la droite


En fin de journée, il ne nous manque qu’une chose : des fruits et légumes frais. On trouve notre bonheur à Xishelu, la grande ville où nous refaisons le plein d’eau. La vendeuse de fruits et légumes est bien surprise de nous rencontrer et nous avons un super échange avec elle. Un grand père qui était présent à notre arrivée regarde le téléphone d’Antoine et n’en revient pas que nous réussissions à communiquer grâce à lui!

Maïs qui sèche
Bivouac juste sous Xishelu


En ce qui concerne les fruits et légumes, d’autres fruits commencent petit à petit à faire leur apparition sur les étals. Cela fait plusieurs fois que Noëmi voit des kakis et se lance, en souvenir des bons kakis juteux de son enfance.
Quelle n’est pas sa surprise quand en posant le coin de bivouac le soir et dégustant son premier kaki, elle découvre que celui-ci est croustillant… Il a le croquant d’une poire mais le goût d’un kaki… Nous comprenons alors les explications de la vendeuse quand Noëmi les a choisis! La surprise passée, nous trouvons que c’est une bonne nouvelle! Pas de jus à nettoyer en bivouac!

Toujours vallonné, mais toujours très beau



En milieu d’après midi du cinquième jour, nous décidons de nous arrêter dans une ville pour manger au restaurant avant de repartir et de trouver un coin de bivouac pour le soir. Nous jetterons notre dévolu chez une dame qui est en train de faire des raviolis maison quand nous passons. Lorsqu’elle nous voit elle nous invite gentiment à entrer. Son restaurant est un peu à l’écart mais quand nous voyons la pile d’assiettes dans l’évier nous nous disons que nous avons trouvé la bonne adresse. Nous nous régalons avec les raviolis et repartons complètement repus, comme des stars.

En effet, nous avons étés repérés par les habitants pendant le repas, et quand nous sortons, nous ferons pas mal de selfies. A un moment, nous avons 5 portables braqués sur nous à nous filmer.. On est des stars !

Faire des raviolis c’est un peu comme de l’origami!

Cela fait quelques jours que nous cherchons un coin de bivouac un peu plus tôt en fin de journée, avec l’espoir de trouver un cours d’eau suffisant pour pouvoir nous laver vraiment (les lingettes ça décrasse mais bon…). La chance nous sourit ce soir là avec une cascade au fond d’un vallon. Il n’y a pas vraiment de lieu plat pour poser la tente discrètement et nous finissons par la poser derrière un tractopelle. La cascade nous offre l’opportunité de nous laver abondamment et de rincer/ laver nos vêtements qui nous ont vus avoir bien chauds depuis Dali!


Le lendemain matin notre petit déjeuner est interrompu par le propriétaire du tractopelle qui est venu remplir un camion benne. Bien que celui-ci semble plus amusé qu’en colère de nous trouver ici, nous avalons rapidement notre petit déjeuner et libérons les lieux.

Depuis que nous suivons la vallée, nous traversons de multiples petits villages qui n’ont plus vraiment de charme avec des maisons / blocs en béton qui se ressemblent toutes et semblent plus fonctionnelles que traditionnelles. Ici les poules et les coqs gambadent sur la route à leur gré. Chaque village possède aussi sa porcherie, qui nous offrent des fumets tenaces qui, avec cette chaleur, ne sont pas toujours des plus agréables. Nous croisons nos premiers buffles aussi, de belles bêtes mais qui sont toujours accompagnés de leur berger.

Notre 6ème jour marque le passage des 11 000 km lorsque nous entrons dans la ville de Jiasazhen. On commence un peu à accuser le coup des kilomètres et dénivelés déjà parcourus et c’est avec bonheur que nous nous posons en milieu d’après midi au bord du fleuve rouge sur un terrain de bivouac spacieux, confortable, calme et discret : bonheur.

Passage des 11 0000 km
Le fleuve rouge, enfin nous voilà !


Après 5 jours à le suivre, sans le voir, nous avons donc récupéré ce fameux fleuve rouge ! Cela veut aussi dire que nous avons perdu pas mal d’altitude en somme.

Partis de Dali à 2000m d’altitude, nous passerons les derniers jours autour des 500m (avec quelques passages à 900, eh non ce n’est toujours pas plat). Un nouveau climat fait son apparition : plus chaud et plus humide.. Les tropiques se rapprochent !

Les couleurs se font plus chaudes, le soleil aussi
Le fleuve rouge


Les cultures ne sont donc plus du tout les mêmes ici. Après Dali, nous étions dans un climat tempéré avec des plantations d’orge et de maïs pour la plupart. Nous découvrons des bananiers de partout et d’autres fruits tropicaux que nous ne connaissons pas.

Nous mangerons ainsi durant cette période beaucoup de « clemorange ».. Appellation maison de ce fruit juteux et rafraîchissant, hybride des deux fruits connus par chez nous 😁

Mmmmh banane !
Passage au village de Damuyu


Nous fatiguons petit à petit et nos corps nous signalent que ce tronçon était ambitieux car nous tombons chacun malade : nouveaux problèmes intestinaux pour Noëmi et intoxication alimentaire pour Antoine. Nous finissons ces 10 jours sur les rotules, le ventre vide car il nous est difficile de nous alimenter suite à nos soucis. Un seul objectif nous maintient maintenant sur nos vélos : nous reposer à Yuanyang.

Nous ne profitons pas vraiment des derniers jours à suivre une magnifique autoroute en construction qui détruit les paysages. Les gens de cette région semblent sympathiques, souriants et ouverts. Mais la communication étant toujours très difficile, avec la fatigue, cela exacerbe notre frustration et nous nous refermons sur nous même et limitons au maximum les échanges.

Entre tradition et développement
Dernière ligne droite pour Yuanyang


Nous nous offrons 3 jours de repos à Yuanyang pour nous remettre de ces 10 jours et pour pouvoir repartir vers la frontière vietnamienne en forme, où d’autres montagnes nous attendent !