Entre Chine et Tibet : Du 13 au 23 septembre (Xining > Ganzi)

24 septembre 2019 1 Par L'Envol à Vélo

A Xining, nous nous rapprochons donc de notre point de départ réel en Chine qui est Yushu. Depuis Yushu, qui se trouve sur le plateau tibétain à 4300m, notre plan est de longer la frontière tibétaine actuelle, qui n’est malheureusement pas accessible sans autorisation et encadrement spécial, jusqu’à Shangri-La (ou Xian de Deqen) où nous avons prévu de faire renouveler notre visa de 30 jours. Ainsi il faut qu’on arrive à Shangri-La avant la fin de période de validité de notre visa, le 10 octobre, tout en ayant parcouru 1200 km et quelques cols.

Cela se fait, mais on préfère quand même avoir plus de temps dans les montagnes qu’à Xining, où on attend désespérément nos colis…

Entre deux colis

Nous sommes donc arrivés à Xining en train le 13 septembre, sans nos vélos et sans un sac étanche contenant duvets et matelas.

Le lendemain, l’auberge dans laquelle on loge appelle pour nous la gare pour prendre des infos sur ces colis : ils vont arriver dans l’après midi ! Excellent ! On pourra partir directement pour Yushu le lendemain 🙂

Nous allons donc chercher nos vélos et surprise, l’envoi a été scindé en deux : nous avons bien nos deux vélos mais le sac étanche n’est toujours pas là, et les gens à la gare, pas tous aimables, ne savent pas (veulent pas ?) nous dire quand il est censé arriver. Nous profitons de l’attente pour aller faire quelques achats en ville, pour être à neuf avant la montagne !

Les retrouvailles !

On achète un casque et des nouvelles chaussures pour Noemi, l’équipement actuel étant en fin de vie. Et en plus, on achète local : made in China 😀

Petites chaussures parties trop tôt…

On reprend aussi un kit de réparation de chambre à air car nous avons découvert en Mongolie que celui qu’on avait emporté n’était plus bon à rien : les rustines ne collent plus..
Nous avons donc passé la frontière avec 3 pneus crevés sur nos 4 + 2 de rechanges. Nous avions une crevaison lente sur la roue arrière de Noëmi ce qui lui permettait de rouler quand même, ainsi on a pu avancer.

Nous finissons notre journée en inaugurant ce nouveau kit et en réparant les crevaisons. On est prêt pour le Tibet !


Le lendemain, dimanche, on rappelle la gare et ils ne savent toujours pas nous dire où est le colis.. Le numéro de suivi que l’on a est introuvable… Le stress monte… On essaye de se rassurer en se disant qu’on est dimanche et que ça va arriver le lendemain, au mieux. On reprend donc une nuit à l’auberge, où l’on est très bien et où nous avons fait de belles rencontres, et nous nous reposons tant bien que mal, ayant l’esprit pas trop trop tranquille.

Salle commune de l’auberge

Lundi matin.
On charge les vélos, se disant qu’au pire on attendra à la gare en leur mettant la pression pour qu’ils livrent (retrouvent?) le colis.

On retombe sur notre amie « très aimable » qui nous dit que ce n’est toujours pas arrivé. On commence à écrire un message pour leur faire comprendre que ce colis est vital et qu’on a besoin de savoir exactement où il est, lorsque que l’une de ses collègues, plus sympa, nous informe que le train avec notre colis vient d’arriver en gare et qu’il faut juste attendre le déchargement ! Soulagement…

Attente devant le dépôt
Il est là !

En récupérant le sac, nous découvrons qu’ils ont agrafé un papier dessus.. Sur un sac étanche… C’est malin ça !
C’est au niveau de la fermeture donc pas si grave, un coup de seamgrip et ça sera comme neuf 🙂

Une fois le tout récupéré on se dirige vers la gare routière pour prendre le ticket de bus pour Yushu. Ce coup-ci, pas de soucis au contrôle : les couteaux, étant sur les vélos, ne sont pas repérés et les nouvelles bouteilles de gaz (offertes gentiment à l’auberge par un guide de haute montagne) ne sont pas confisquées.

Entre deux bus

On arrive avec notre barda devant notre bus de 17h. Le chauffeur nous regarde effaré et nous montre la soute : elle est pleine. Il nous dit que c’est impossible.. Mais ils trouvent rapidement une solution entre chauffeurs et il nous refile à son collègue, ravis, du bus de 18h30.

On attend que le bus arrive, on charge le tout et enfin on monte dedans ! C’en est fini des tracas de transport avec les vélos, on va bientôt rouler à nouveau !! 😀

Mais avant, une nouvelle nuit dans le bus, avec des voisins qui ne connaissent pas le principe des écouteurs… Mais cela ne semble choquer que nous, gentils petits européens, car ça semble être la norme. On essaye de s’adapter et de dormir..

On ne passera pas la meilleure nuit de notre vie, mais le réveil (enfin l’un des réveils) nous remet vite face à la réalité :

De la neiiiige ! On est ravis mais on appréhende nos semaines à venir.. Doutes vite balayés par le soleil qui revient dans la matinée et qui fait vite tout fondre.

Yushu, enfin… Nous n’y resterons que peu de temps, pressés de reprendre les vélos.

Nous ferons 50km en sens inverse de la route du bus, et nous bifurquerons en direction de notre 1er col ! Mais aussi de notre deuxième contrôle de police.

Nous suivons la grande route depuis la route secondaire


Entre deux contrôles

Sur la route empruntée en bus, nous nous ferons arrêter plusieurs fois à de grands péages qui sont des contrôles de police. Tous les citoyens doivent montrer leurs papiers d’identités, qui sont scannés. En parallèle de ces contrôles physiques des papiers, il y a régulièrement des portiques qui flashent tous les véhicules sur la route, on ne connaît pas la raison et l’utilité de la chose.

Une fois sur nos vélos, on longe le territoire Tibetain dont l’accès est restreint. Nous y croisons d’autres barrages de police afin de contrôler les personnes présentes dans le secteur.

Le processus est plus ou moins toujours le même, ils nous font signe de nous arrêter sur le bas-côté, prennent nos passeports pour les prendre en photo ou les photocopier. Et pour finir ils nous demandent où nous allons et où nous dormons : dans un hôtel vers là bas bien sûr !
Il n’y en a presque pas dans la région, et avec notre tente en évidence sur le porte bagage, on se doute qu’ils ne sont pas si naïfs. Mais ils ont fait leur job, le reste ne semble pas les importer.

Aucun stress durant ces contrôles, les agents sont très sympas et aimables.

Enfin nous faisons face au contrôle généralisé d’internet avec le blocage de certains sites et applications, tel que google (maps, gmail et co), what’s app et facebook pour les plus utilisés. Nous avions connaissance de ce problème avant d’entrer sur le territoire et avions installé des applications VPN (Réseau Privé Virtuel) qui nous permettent de contourner facilement le blocage, avec un débit moindre.

Entre deux invitations

Aux premiers coups de pédales, nous découvrons les sourires des tibétains et la joie qu’ils semblent transporter ! Tous les bonjours que nous échangeons sont pleins de bienveillance et nous font sentir tout de suite très bien dans ce nouvel environnement.
De plus, leur hospitalité est à la hauteur de leurs sourires :

Sur nos 4 premiers bivouacs dans la région nous n’avons sorti notre réchaud qu’une fois et demi…

Le premier soir, alors que nous pensions être bien cachés nous sommes rejoints par un nomade habitant de l’autre côté de la vallée qui nous invite à venir manger chez lui.

1er bivouac chinois ! On essaye de se cacher un peu…

Ainsi, nous retrouvons les mets que nous avions découverts en Mongolie, avec du thé au lait de yack et buuz maison. Ce sont des éleveurs de Yacks et nous assistons à la « rentrée » des yacks, ceux-ci sont attachés un par un pour la nuit. C’est un processus qui prend du temps et qui occupe toute la famille! Les enfants sont chargés pour leur part de rapatrier les bébés yacks.


Le troisième soir, après une journée humide, nous sommes accueillis par Tsamdièt et sa famille.

Ce qui était au départ une invitation pour boire un thé devient une invitation à poser la tente dans leur jardin et à partager la soirée au chaud avec eux. Nous goûtons le Tsampa : mets traditionnel tibétain à base de farine de sarrasin, sucre, beurre et thé. Un plat parfait pour reprendre des forces pour nous autres cyclos. Nous découvrons ainsi les joies des familles très nombreuses : dans cette petite maison de 3 pièces vivent la « grand mère » de 50 ans, ses 10 enfants et ses 3 petits enfants.


La maison était calme à notre arrivée, mais les 6 enfants reviennent de l’école puis les ainés et le beau fils. Tout ce beau monde anime la maison.
Nous leur faisons essayer nos vélos ce qui aboutit à beaucoup de rires évidement.

Antoine expliquant aux enfants comment le vélo fonctionne
Tsamdièt fière de nous présenter sa fille


Nous repartons le lendemain matin sous un tout petit soleil et ce sont des nuages de neige qui finissent par nous rattraper en haut de notre dernier col.


Après une dizaine de kilomètres de descente, nous faisons une pause pour que Antoine puisse enfiler sa deuxième paire de gants. Les bas côtés n’étant pas assez larges pour que nous y tenions à deux vélos, nous nous arrêtons à l’entrée d’un chemin d’accès à une maison isolée. Nous sommes alors bien surpris de voir une voiture venir faire demi tour justement devant cette maison et un homme sortir de la voiture et nous convier le plus naturellement du monde à venir nous réchauffer à l’interieur de sa maison. Vu notre situation de cyclos congelés, nous acceptons de très bon coeur. Et c’est ainsi que nous sommes accueillis par Chuumso et Aontatji ! Et nous ne sommes pas les premiers deux roues à arriver par ce jour frais, il y a déjà deux motards qui, comme nous, sont présents pour se réchauffer.

La table aux pieds chauffants et le sourire de Chuumso nous réchauffent complètement

Trois autres vont passer, nous décidons de repartir en même temps qu’eux quand nous comprenons que nos hôtes ne souhaitent pas nous voir repartir avec ce froid et la pluie annoncée. Nous sommes conviés à rester dormir dans la maison! Grand luxe!

Après quelques temps les deux enfants du couple reviennent de l’école . Nous pouvons apprécier le temps des devoirs en Tibétain sous le regard attentif de leurs parents.

Les enfants sortent un manuel scolaire Chinois – Tibetain – Anglais avec lequel on réussit alors à se comprendre un peu mais le vocabulaire étant vraiment basique, la conversation ne va pas loin.

Au moment où Chuumso sert le repas, une nouvelle personne arrive alors, un moine, qui parle quelques mots d’anglais ! Nous découvrons que c’est le frère de Chuumso et qu’il a sûrement été invité par sa sœur pour faciliter la communication pendant la soirée car il joue le rôle de traducteur entre nos hôtes et nous.

Lorsqu’ils nous demandent si nous allons à Lhassa, nous expliquons que nous n’y avons pas accès et essayons d’aborder avec eux le sujet Tibet – Chine, mais l’anglais de notre traducteur reste limité et nous comprenons que ce sujet est toujours très sensible pour eux quand il nous répond « china not good.. » avec un pincement dans la voix.

Dans le même temps, ils ont un drapeau chinois qui flotte sur leur maison, comme sur toutes les maisons que nous croisons dans ces vallées, nous nous doutons que ce n’est pas par choix.

Passé ce bref moment d’émotion la soirée continue !

gān bēi !

Entre deux langues

Comme pour la Russie et la Mongolie, nous avions prévu le coup pour pouvoir communiquer avec les locaux et acheté un guide de conversation en mandarin! Cela permet de faire lire aux locaux dans leur alphabet ce que nous essayons de leur dire. Malinx!

On a vite l’air malin quand on se rend compte que les nomades que nous rencontrons parlent Tibetain et ne comprennent pas un broc de chinois. On sort alors notre arme secrète: « Google Traduction » mais le tibetain ne fait pas parti des langues disponibles…
Nous voici donc à utiliser nos solutions ultimes, le guide « gpalemo » du routard qui est une compilation d’images qui peuvent être pratiques. Et surtout nos talents de mimes développés pendant nos soirées time’s up avec les copains!

Entre deux cols

Xining est à 2 200m, ainsi nous avons réalisé un premier palier dans notre montée en altitude en y passant 5 jours.

On attaque cependant quand même fort avec un col à 4 700m (1000m de plus que Yushu où le bus nous avait déposé) le deuxième matin. On ne mentira pas en disant que cela a été facile. Nous en avons eu le souffle court et avons fait un peu plus de pauses qu’à l’ordinaire.


Les routes sont progressives et forment de beaux lacets
Arrivée à 4700m

Cependant nous sommes redescendus rapidement dans la vallée suivante et avons pédalé de vallées en vallées en restant aux alentours des 4 000m.
Cette semaine n’aura pas été la plus difficile pour nous en termes de dénivelés : en gros on monte à un col durant 10 à 25 km, puis on a 50 à 70 km de descentes / faux plats. On a l’impression de ne faire que descendre !

Les gouttes s’invitent sur de beaux décors
Qui dit vallée ne signifie pas plus chaud pour autant!
La pluie est bien présente durant ces quelques jours
Des yacks encore et toujours sur décors magique
Notre première vue dégagée sur une chaine de l’himalaya
Nous décidons d’y bivouaquer malgré les 4 500m
Réchauffage des mains stratégique avant d’enfiler les gants pour la descente
60km de descente
Entre deux averses


Entre deux temples

Ils sont partout !
A chaque changement de vallée, à chaque virage, nous croisons ces magnifiques bâtiments. Il sont parfois confortablement installés dans la vallée, mais souvent perchés sur des collines ou au milieu des montagnes.

Entre deux repas

Pour finir cet article rien de tel qu’une mise en appétit !
On se régale dans les restaurants chinois, où l’on peut souvent manger pour 5 euros à deux, et chez les locaux, où nous découvrons le tsampa et la viande de yack.


Miam et vivement la suite !